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 La  Lettre  du Cr
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 n° 5

 

Editorial

Bonjour,

Depuis la rentrée d’automne, la réflexion sur l’éthique de la recherche en anthropologie de la santé a pris une forme collective dans le cadre du séminaire mensuel du CReCSS. La première séance, le 13 octobre, était dévolue à une introduction épistémologique concernant d’une part les principes et les pratiques de l’éthique médicale, en particulier en matière de recherche, et d’autre part les réflexions dans le champ de l’anthropologie, ainsi que la formalisation de l’éthique dans des textes et codes de référence. Sur ce dernier point, l’absence de texte de référence en France contraste avec les déclarations, codes et manuels des associations professionnelles, existant dans d’autres pays. Les modalités sociales et pratiques d’application des principes ou de la réflexion éthique ont été discutées pour l’un et l’autre champ disciplinaire. La discussion de l’interface entre anthropologie et médecine -et au-delà, entre anthropologie et santé- est prévue pour la prochaine séance.

Les études de cas autour de deux recherches en anthropologie de la santé menées en Oman autour des maladies génétiques (par Claire Beaudevin) et en Inde autour de l’accouchement (par Pascale Hancart-Petitet) ont illustré les difficultés et dilemmes relatifs à la dimension éthique. Dans la première étude, pour répondre aux exigences du comité d’éthique local, la mise en forme de la demande d’autorisation de recherche imposait au chercheur une interprétation de son projet, voire une redéfinition -notamment de la méthode. Cette expérience atteste du fait que l’exigence éthique peut légitimer une conception réductrice de la recherche en sciences sociales, en vigueur dans l’institution médicale, lorsque celle-ci s’accorde l’exclusivité du contrôle de l’éthique. D’autre part l’acceptabilité culturelle de l’obtention d’un consentement écrit de la part des personnes interviewées dans l’étude, exigé par le comité d’éthique, fut discutée au regard de la signification sociale de l’écrit dans la société omanaise, et au regard des capacités de ce document à protéger les personnes qui le signent. La question de la confrontation entre éthique universelle de la recherche et éthique locale était posée, en particulier autour des formes matérielles et sociales que prend la responsabilité. Dans la seconde étude, l’auteur a d’abord discuté les pratiques mises en œuvre par le personnel soignant dans le cadre du « counseling » pour gérer la confidentialité dans un service de soin, assez éloignées des normes universelles ; à ce propos, la valeur heuristique de la notion « d’éthique contextuelle » a été discutée. L’auteur s’est aussi intéressée aux dilemmes du chercheur, s’interrogeant sur le champ acceptable de « l’ingérence » ou de « l’imposition de thématique », lorsque la recherche conduit à orienter des personnes, pendant les entretiens, vers des thèmes qu’elles ne souhaitent pas toujours discuter –ne serait-ce que parce qu’ils ne leur semblent pas prioritaires. Sur cette question, « l’éthique » rejoint « le méthodologique », et l’interrogation devient celle, propre à l’anthropologie, de l’articulation entre approches étique et émique, ici abordée à partir du terrain ethnographique. Ces deux études de cas illustraient combien le questionnement sur l’éthique est indissociable d’un questionnement plus général sur la méthode et sur l’approche théorique qui construit le « regard sur l’autre » en l’articulant au « regard de l’autre ».

Le séminaire, qui se poursuivra au cours d’au moins quatre séances supplémentaires, va continuer d’analyser le rapport à l’éthique en anthropologie de la santé, en l’abordant sous divers angles :

·       en documentant, à partir de l’expérience, le rapport, voire la confrontation, aux instances, aux règles et aux pratiques, de l’éthique de la recherche médicale et l’impact de cette confrontation sur l’élaboration et le déroulement de la recherche

·       en documentant les dilemmes éthiques rencontrés dans la construction de l’objet d’étude et sur le terrain de la recherche, puis dans la restitution des résultats, tant au plan du rapport avec les personnes rencontrées qu’à un niveau plus général

·       en discutant les principes de l’éthique tels que définis par l’éthique de la recherche médicale et par les anthropologues (éventuellement à partir des textes de référence dans d’autres pays), en s’attachant particulièrement à l’interface entre ces ordres de principes (contradictions, renforcement mutuel, indépendance)

·      en discutant la pertinence et le contenu de textes de référence qui pourraient être adoptés par le CReCSS et les chercheurs ou instances qui s’associent à cette démarche en matière d’éthique applicable à la recherche en anthropologie de la santé.

Dans ce numéro de la Lettre, Mathilde Couderc rend compte d’une formation à l’éthique dispensée au Sénégal par SARETI (South African Research Ethics Training Initiative), qui discute, dans une approche légèrement différente, la question de la spécificité des sciences sociales à cet égard. Il nous restera à comparer nos analyses -celles menées en France et celles menées en Afrique- et tenter de discuter le sens que peut prendre une éventuelle éthique de la recherche « contextuelle ».

Bonne lecture.

Alice Desclaux, Directrice CReCSS

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